Pendant des années, j'ai animé des ateliers puberté, avec des filles accompagnées de leurs mamans. Je suis moi-même maman d'une fille, aujourd'hui presque adulte. Et je me souviens très bien à quel point cette période est compliquée — pour elle, et pour nous.

Entre deux eaux

Quand la puberté commence, il y a une sorte de rébellion qui s'installe en même temps. Ce n'est pas étonnant. C'est une émancipation nécessaire. La fille commence son chemin de vie en tant que femme et ne veut plus être considérée comme une enfant. Mais en même temps, c'en est toujours une.

Elle recherche beaucoup la présence de ses copines — ou en tout cas, elle en a besoin. Parce que certaines filles sont très seules à cet âge-là, et cette solitude, pendant cette période de transformation, peut être particulièrement difficile à porter. Entre l'envie de s'émanciper, de devenir grande — ce qui est un mécanisme tout à fait sain — et le besoin de rester encore un peu dans l'enfance parce que c'est rassurant, le terrain est déjà complexe. Et c'est dans ce contexte que les premiers signes de fertilité s'installent, souvent deux ans avant les premières règles. C'est troublant.

Pour certaines filles, il y a un côté qu'elles ne comprennent pas, qu'elles ne savent pas nommer. Elles voient leur corps qui change. Elles ne se reconnaissent plus. Elles ne sont plus qui elles étaient, et pas encore ce qu'elles vont devenir. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles l'appartenance au groupe — faire comme toutes ses copines — revêt une importance aussi capitale à ce moment-là.

À partir de quel âge en parler ?

Environ deux ans avant les premières règles, une activité œstrogénique commence progressivement à se mettre en place. On va voir apparaître de petites pertes blanches dans la culotte, de légères modifications au niveau de la poitrine, des changements dans les proportions du corps, l'appétit qui évolue, les émotions qui changent.

Dès qu'on remarque ces signaux-là, c'est le bon moment. Mais comment ? La maman connaît très bien sa fille et sait dans quels moments elle est la plus réceptive. C'est ça qu'il faut favoriser — créer ces espaces, pas forcer un moment précis. Parfois ce sera une promenade, un moment à deux, une tasse de thé. Et parfois ce sera entre deux portes — et ce sera exactement le bon moment. L'essentiel, c'est de rester à l'affût et de saisir l'occasion quand elle se présente, quelle que soit sa forme.

Et parfois, parler des autres c'est plus facile que de parler de soi. Demander à sa fille si autour d'elle il y a des copines qui ont déjà eu leurs règles, si elle sait ce que c'est — ça ouvre une porte sans mettre de pression. Si la fille en parle spontanément, c'est magnifique. Mais c'est quand même assez rare. L'essentiel, c'est de se demander d'abord : qu'est-ce que j'ai envie que ma fille retienne comme message ? Parce qu'il y a mille façons de le transmettre — mais le message, lui, est simple : tu es normale. Ce qui se passe est normal.

Quand les règles arrivent

Souvent, c'est dans la solitude. Au mieux, la fille en parle avec ses copines. Idéalement avec sa maman. Mais ce que j'observe, c'est qu'il y a presque toujours une vraie gêne autour de ce sujet. Et comme avec sa maman on a le droit de montrer sa mauvaise humeur, de dire ce qui ne convient pas, d'être moins inhibée — paradoxalement, ça rend la communication sur ce sujet-là particulièrement compliquée.

Les chiffres le confirment : 60 % des adolescentes françaises déclarent ne pas avoir été préparées à leurs premières règles. Soixante pour cent. Ce n'est pas un chiffre anecdotique.

Ce que j'observe en consultation

Il y a une méconnaissance absolue de tout ce qui touche au matériel hygiénique. Par exemple — et c'est essentiel — une serviette se change au minimum toutes les quatre heures. Un protège-slip n'est pas une serviette hygiénique. On n'est pas obligée d'aller à la piscine si on a ses règles. Il y a tout un apprentissage concret à faire, et actuellement peu d'écoles le font.

Ce que j'observe aussi très souvent, c'est que les mamans n'ont elles-mêmes pas été préparées à leurs propres premières règles. Et qu'elles ont profondément envie que ça se passe autrement pour leur fille. Ça, c'est une vraie preuve d'amour.

Les filles traînent souvent les pieds pour venir en atelier ou en consultation. Mais ce que je vois invariablement, c'est qu'une fille qui a vécu ce moment dans un cadre bien mené en ressort grandie, plus forte, mieux outillée pour son futur de femme. Et le lien avec la maman s'en trouve renforcé. Elles ont pu vivre ensemble un moment fort autour d'un sujet intime, dans une phase de vie où la distance peut s'installer naturellement. C'est rare. Et ça compte.

Et si ma fille refuse d'en parler avec moi ?

Avant tout — c'est normal. Et c'est même, d'une certaine façon, rassurant. C'est souvent parce que la fille se sent suffisamment en sécurité avec sa maman qu'elle peut lui envoyer balader ce sujet avec toute sa colère. Que ça ne l'intéresse pas, que c'est gênant, que ça ne regarde pas sa mère. C'est un sujet de grande rébellion — et ça fait partie d'une forme d'initiation. Ce n'est pas un refus de la maman. C'est une affirmation d'elle-même.

Cela dit, si le dialogue est vraiment fermé, la première question à se poser est : est-ce qu'il y a autour d'elle une femme adulte en qui elle a confiance ? Une pédiatre, une psychologue, une marraine, une femme qu'elle aime particulièrement ? En discuter avec cette personne, voir si elle pourrait être une ressource.

Et dire à sa fille, avec beaucoup d'amour et de bienveillance :

« J'entends que tu n'as pas envie d'en parler avec moi. Je respecte ça. Mais c'est mon rôle de maman de m'assurer que tu sois informée. Si ce n'est pas avec moi, ce sera par un autre biais — mais ces informations, tu dois les avoir. »

Les ateliers puberté — comment choisir ?

Il existe plusieurs ateliers puberté en Suisse romande. Ce qui compte, à mon sens, c'est un atelier ancré dans la réalité concrète des filles d'aujourd'hui, solide dans son contenu physiologique. Kokliko se distingue par sa modernité et sa pertinence : une journée entière avec sa maman, tous les aspects abordés — physiologiques, pratiques, émotionnels — dans un cadre convivial, pas exposant, et vraiment adapté au public actuel.

Et une consultation individuelle ?

Pour certains duos, la dynamique de groupe n'est pas ce qu'il faut. Une fille mal à l'aise en groupe, une maman qui préfère la discrétion, un binôme qui aime prendre son temps — la consultation individuelle est alors le cadre idéal. À trois, dans un espace calme et intime, la confiance s'installe différemment. L'information s'intègre plus profondément. Et parfois, le sujet des premières règles est tellement difficile, voire douloureux pour la maman elle-même — parce qu'elle n'a pas été accompagnée non plus — que cette consultation devient aussi l'occasion de guérir une vieille blessure. De recevoir enfin ce qu'on n'a pas reçu. Et de le transmettre à sa fille.

C'est la transmission.

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