Oui et non — ça dépend où
L'humanité est-elle en train de devenir infertile ? La réponse honnête est : oui et non. Ça dépend où on regarde.
En Occident, énormément de couples sont en désir d'enfant — et ça ne fonctionne pas. Pour plein de raisons. Des raisons que les chiffres commencent à documenter de façon alarmante.
Ce qui se passe chez les hommes
En quarante-cinq ans, la concentration en spermatozoïdes a été divisée par deux. En 1973, les mesures indiquaient 101 millions de spermatozoïdes par millilitre. Aujourd'hui : 49 millions. La situation est si préoccupante que l'OMS a dû revoir à la baisse ses propres critères de normalité pour le sperme.
En France, dans certaines régions, 40 % des jeunes hommes présentent des altérations de la qualité du sperme. Et en Suisse ? Une étude de l'Université de Genève, menée auprès de 2 523 jeunes recrues de l'armée âgées de 18 à 22 ans, a révélé que plus de 60 % des échantillons présentaient au moins un des trois paramètres de qualité du sperme en dessous des normes de l'OMS. Un jeune Suisse sur six risque de rencontrer des difficultés dans la conception naturelle d'un enfant. Des résultats jugés préoccupants par les chercheurs.
Ce qui se passe chez les femmes
La fertilité féminine suit une courbe descendante que peu de femmes mesurent réellement. La probabilité de concevoir sur une année est de 85 % avant 30 ans. Elle tombe à 66 % à 35 ans. Et à 44 % à 40 ans. Le risque de ne pas devenir mère est de 4 % à 20 ans, 14 % à 35 ans, 35 % à 40 ans, et 80 % après 45 ans.
Notre mode de vie nous amène à construire une autre vie avant la vie de maman — et c'est tout à fait légitime. Mais mettre en route un projet bébé à 35 ans, c'est ne pas mettre toutes les chances de son côté. Pour autant, il ne faut pas dramatiser : beaucoup de femmes qui commencent à 35 ans y arrivent sans trop de difficultés. Ce qui est important, c'est d'en être consciente.
Les causes : les perturbateurs endocriniens avant tout
Les causes ne sont pas aussi mystérieuses qu'on veut bien le dire. La première mise en lumière, c'est l'exposition aux perturbateurs endocriniens. La fertilité est avant tout une question d'hormones — œstrogènes et progestérone chez la femme. Et les perturbateurs endocriniens viennent affecter directement les glandes qui fabriquent ces hormones. Si les glandes sont affectées, les hormones s'en trouvent déréglées. Les responsables : bisphénols, pesticides, parabènes — présents dans nos plastiques, nos cosmétiques, nos produits ménagers.
Autres facteurs : le recul de l'âge de la maternité, le stress — qui diminue les chances de fécondation de 40 % chez les femmes les plus stressées — le tabagisme, le surpoids, la sédentarité. Et la pollution de l'eau et de l'air par les métaux lourds. Additionnés, ces facteurs expliquent pourquoi l'Occident connaît une chute drastique de sa fertilité.
Ailleurs dans le monde, c'est une autre histoire
En Afrique, la fertilité reste très élevée. D'ici 2100, 54 % de tous les enfants du monde naîtront en Afrique subsaharienne — contre 29 % aujourd'hui. La raison ? Un accès plus limité à la contraception, une valorisation culturelle forte de la maternité, une urbanisation encore incomplète — et, paradoxalement, une exposition moindre à certains perturbateurs endocriniens industriels.
Le taux de fécondité mondial est aujourd'hui de 2,24 enfants par femme. En Europe : 1,38. D'ici 2100, il devrait tomber à 1,57 au niveau mondial — et 97 % des pays n'auront pas un taux suffisant pour maintenir leur population.
Tout n'est pas perdu
L'humanité occidentale, de par son mode de vie, est en train de devenir infertile. Oui. Mais tout n'est pas perdu. Les connaissances sont là. Il faut trouver les bonnes ressources pour savoir comment agir. Il existe en Suisse romande — et dans toute la francophonie — des spécialistes de la question qui peuvent aider les couples en situation d'hypofertilité. La connaissance du cycle, l'observation quotidienne, la compréhension de ce qui se passe dans le corps — c'est déjà un premier pas immense.
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